Trois grands ensembles régionaux avaient été proposés en 2003, qui regroupaient différents sites présentant chacun une certaine homogénéité des espèces dans un espace géographique cohérent avec la disposition des continents à l’Ediacarien. L’ensemble Avalon (daté de – 575 à -565 Ma) qui rassemble les gisements fossilifères d’Angleterre et de Terre-Neuve représente un nombre d’espèces limité ; l’ensemble Mer Blanche (gisements de Russie, d’Ukraine, de Norvège, de Sibérie, d’Australie et du Canada, daté de - 560 à - 550 Ma) présente une augmentation de la diversité ; enfin l’ensemble Nama (gisements édiacariens de Namibie, Chine, Colombie britannique et Etats-Unis, datés de - 550 à - 542 Ma) montre une grande diversité des espèces.
Les auteurs d’une nouvelle étude publiée dans la revue américaine Science au début de l’année 2008 se sont attachés aux caractères morphologiques des fossiles. Ils montrent qu’il y a peu de disparité dans les diverses morphologies, entre les trois grands ensembles de gisements. Cela signifie donc qu’une brusque émergence de grands groupes d’animaux s’est produite vers 570 Ma avec d’emblée – ou très rapidement, à l’échelle des temps géologiques – une importante diversité des plans d’organisation. Diversité qui ne montrera pas de variation ultérieurement, jusqu’à – 542 Ma, malgré une grande diversification des groupes. Reste à trouver des explications à cette émergence rapide et courte des plans d’organisation animaux : les auteurs évoquent des contraintes environnementales et de développement. C’est en effet l’époque de la sortie d’une grande glaciation enregistrée dans la formation de Gaskiers à Terre-Neuve (- 580 Ma), l’époque aussi d’une oxygénation importante des océans.
Ce processus mis en évidence à l’Ediacarien correspond à ce qui s’est passé près de 35 Ma d’années plus tard, au Cambrien, lors de la fameuse « explosion cambrienne » découverte dans les schistes de Burgess et popularisée par Stephen J. Gould. Entre temps, entre – 542 et – 530 Ma, la faune d’Ediacara a disparu, ne laissant à la disposition des scientifiques qui reconstituent l’histoire de la vie qu’un témoignage rare et lacunaire.
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Source : Shen B. et al. (2008) The Avalon Explosion: Evolution of Ediacara Morphospace. Science 319 : 81
Sur le bestiaire d’Ediacara : Joan Deville (2001) La faune d’Ediacara. Minéraux & Fossiles 295 : 21 ; Mark A. S. McMenamin (1998) The Garden of Ediacara. Columbia University Press, New York
Sur l'explosion cambrienne : Stephen J. Gould (1991) La vie est belle, Seuil.

