Depuis 500 ans, la controverse fait rage autour de l’origine du tréponème pâle, Treponema pallidum pallidum, la bactérie responsable de la forme sexuellement transmissible de la syphilis. Selon certains, la bactérie aurait été ramenée d’Amérique par les équipages de Christophe Colomb : c’est, en effet, peu de temps après les premiers retours du Nouveau Monde en 1495 que la première épidémie identifiée a sévi parmi les troupes de mercenaires français qui occupaient Naples (le fameux « mal de Naples »). Selon d’autres, les descriptions d’épidémies antérieures à 1495 manquaient largement de précision et ne permettaient pas de distinguer la syphilis d’autres maladies comme la lèpre : la syphilis aurait alors eu une longue histoire en Europe.Une étude récente vient soutenir la première hypothèse. Les auteurs ont comparé 21 régions du génome chez 26 souches de tréponèmes de trois sous-espèces différentes provenant du monde entier et responsables de diverses maladies chez l’homme (dont la syphilis vénérienne, le pian, la syphilis endémique non-vénérienne ou la pinta) ou les animaux.
Au cours du temps, les mutations affectent de façon spontanée et aléatoire l’ADN d’une espèce. Il en résulte que lorsque peu de différences existent pour un même gène chez deux espèces différentes, ces deux espèces possèdent un ancêtre commun récent (peu de mutation ayant eu le temps de se produire et d’affecter les génomes de ces espèces depuis leur séparation). La comparaison des génomes, permet ainsi d’établir des relations de parenté entre différentes espèces : c’est la phylogénie.
En appliquant cette méthode aux différentes souches de tréponèmes, les auteurs confirment d’une part que les souches non-vénériennes affectent l’espèce humaine depuis fort longtemps, l’accompagnant dans ses migrations. D’autre part, ils reconstituent une histoire de la diffusion dans le monde, de la bactérie. Les souches les plus proches de la sous-espèce responsable de la syphilis vénérienne sont des sous-espèces isolées en Guyane et responsables d’une forme de pian différente des formes africaines et asiatiques. L’analyse géographique associée à la phylogénie des différentes souches, suggère une dissémination en trois étapes des tréponèmes : le tréponème apparaît dans l’Ancien Monde sous une forme infectieuse non-vénérienne puis s’étend sous la forme de la syphilis endémique au Moyen-Orient et dans l’est européen avant d’atteindre l’Amérique sous forme de pian du Nouveau Monde. Dans un second temps, une souche du tréponème du Nouveau Monde est introduite en Europe au moment de la découverte de l’Amérique et sera à l’origine de la sous-espèce pallidum responsable de la syphilis vénérienne. Enfin, la sous-espèce pallidum moderne est disséminée dans le monde entier depuis l’Europe.
Dans la discussion qui accompagne ces résultats, les auteurs s'interrogent sur l’apparition de la pathogénicité vénérienne. En effet, il n’est pas clairement établi qu’une forme de syphilis vénérienne existait en Amérique avant l’arrivée de Colomb. Il est possible que les explorateurs aient rapporté en Europe une forme non-vénérienne qui aurait alors évolué rapidement en la forme pathogène que nous connaissons actuellement.
Source : Harper KN, et al. (2008) On the Origin of the Treponematoses: A Phylogenetic Approach. PLoS Negl Trop Dis 2(1): e148 doi:10.1371/journal.pntd.0000148
Sur l’histoire de la syphilis depuis 1495 : Le mal de Naples – Histoire de la syphilis, Claude Quétel, Seghers, 1986.

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