mardi 29 janvier 2008

Se soigner à l’herbicide

Toxoplasma gondii, être vivant constitué d’une seule cellule, est un parasite intracellulaire obligatoire : pour assurer sa survie et sa prolifération, il doit s’installer à l’intérieur d’une cellule de mammifère à sang chaud pour pouvoir y prélever certaines molécules indispensables qu’il ne peut pas produire lui-même. Dans l’espèce humaine où l’on estime que près de la moitié de la population est contaminée, il est responsable de la toxoplasmose, une affection normalement bénigne mais qui peut prendre une forme grave chez les personnes immunodéficientes et chez les fœtus, lors d’une transmission fœto-maternelle. La contamination peut se faire par l’alimentation ou au contact d’un chat contaminé.

Il y a quelques semaines, une équipe scientifique internationale a annoncé avoir mis en évidence le rôle d’une hormone végétale dans le développement du parasite, l’acide abscissique. Chez les plantes supérieures, cette hormone accélère la chute des feuilles dans certaines conditions et retarde l’ouverture des bourgeons. Ce serait aussi une hormone de détresse : lorsque les conditions deviennent difficiles (sécheresse, approche de la mauvaise saison), son taux augmente de façon importante amenant alors la plante à prendre des dispositions de défense à l’égard des agressions (fermeture des stomates, par exemple).

Ainsi donc, un parasite qui présente des caractéristiques animales (contrairement aux végétaux, il est incapable de produire lui-même sa propre matière organique – les lipides, glucides et protides qui constituent toute cellule – et doit la puiser dans son environnement : il est hétérotrophe) possède des gènes capables d’assurer la production d’une hormone caractéristique des végétaux…

En réalité, Toxoplasma gondii, qui appartient au groupe des Apicomplexés, est l’héritier des gènes d’un ancêtre qu’il possède en commun avec un groupe d’êtres vivants, les Dinoflagellés, qui présentent, pour certains d’entre eux, les caractéristiques des végétaux (l’autotrophie, c'est-à-dire la capacité de produire sa propre matière organique uniquement à partir de substances minérales en présence de lumière, par photosynthèse). Cet ancêtre possédait une structure particulière, le chloroplaste, qui en captant les photons permettait de réaliser les réactions propres aux êtres photosynthétiques. Après la séparation entre les deux groupes issus de cet ancêtre commun il y a au moins 400 millions d’années, les Apicomplexés ont perdu, pour une raison ou une autre, leur aptitude à la photosynthèse : le chloroplaste a régressé et avec lui cette capacité à capter les photons et à l’autotrophie. Il en reste cependant une trace : l’apicoplaste, une structure découverte grâce à la microscopie électronique dans les années 1960, chez les parasites qui constituent le groupe des Apicomplexés et parmi lesquels, en plus du Toxoplasma gondii, on rencontre le Plasmodium falciparum, l’agent responsable du paludisme. Cette structure – cet organite – a conservé un certain nombre des gènes présents dans un chloroplaste : ceux qui sont nécessaires à la production de l’acide abscissique en particulier.

Les chercheurs qui ont mis en évidence la synthèse d’acide abscissique ont également montré que la production de cette hormone pouvait être bloquée par un banal herbicide, le fluridone, qui n’a pas d’action sur les cellules animales elles-mêmes. Ce type de recherche et la connaissance des caractéristiques biologiques qui sont hérités au cours de l’évolution dans différentes lignées d’êtres vivants, ouvrent donc de nouvelles perspectives thérapeutiques.

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Source : Nagamune K, et al. (2008) Abscisic acid controls calcium-dependent egress and development in Toxoplasma gondii. Nature, 451 : 207

Sur l’apicoplaste : Ralph S. A. et al. (2004) Metabolic maps and functions of the plasmodium falciparum apicoplast. Nature Review 2 : 203 ; Waller R. F. & McFadden G. I. (2005) The Apicoplast : A Review of the Derived Plastid of Apicoplexan Patrasites. Curr Issues Mol Biol. 7 : 57

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